LES CAS DE TRADING CLASSIQUES

La tulipomanie John Law et la Banque royale




Qu’il y ait déja eu des épisodes spéculatifs au temps des Florentins et des Vénitiens, nul ne peut en douter. Fernand Braudel, l’historien francais de l’économie qui est l’autorité suprême sur ces questions, a noté qu’il y avait d’actifs marches de titres a Genès, Florence et Venise des le XIVe siècle, et, depuis bien plus longtemps, un commerce dynamique des monnaies et des marchandises, où, presque certainement, l’achat.et la vente n’étaient pas seulement fondés sur la valeur du moment mais sur la valeur future anticipée.


La première Bourse modeme — moderne en particulier quant au volume des transactions — apparut cependant a Amsterdam au début du XVIIe siècle. Et ce fut dans le plat pays des Hollandais avec ses larges horizons, chez ce peuple austère et pondéré, que se produisit dans les années 1630 la première des grandes explosions spéculatives connues dans l’histoire. Elle reste jusqu’à ce jour l’une des plus remarquables. Mais elle ne porta pas sur les actions offertes en Bourse, ni sur l’immobilier, ni, comme on aurait pu croire, sur les superbes tableaux des grands maîtres hollandais. La spéculation porta sur les bulbes de tulipe, et elle est passée dans l’histoire depuis trois cent cinquante ans sous un nom bien à elle — la tulipomanie.

La tulipe : Tulipa de la famille du lis, les Liliacées, dont il existe environ 160 espèces — pousse à l’état sauvage dans les pays de la Méditerranée orientale et plus à l’est. Ses bulbes arrivèrent pour la première fois en Europe occidentale au XVIe siècle; un chargement parvenu de Constantinople à Anvers en 1562 aurait joué un rôle particulièrement important pour faire connaître et aimer largement cette fleur. Avec le temps, on l’aima vraiment beaucoup; un immense prestige fut bientôt associé à la possession et à la culture de la plante.

La spéculation, on l’a dit, survient lorsque l’imagination populaire se fixe sur quelque chose d’apparemment nouveau dans le domaine du commerce ou de la finance. La tulipe, belle, de couleurs variées, fut l’un des premiers supports qui servit à cet usage. Jusqu’à ce jour, elle reste l’un des plus étranges. Rien de plus improbable n’a jamais si merveilleusement contribué à l’illusion collective que nous examinons ici.

Toute l’attention se concentra sur la possession et l’exhibition des variétés les plus ésotériques. Et, si l’on aimait beaucoup les plus exceptionnelles de ces fleurs, on aima vite encore plus la hausse de prix que leur beauté et leur rareté imposaient. C’est pour cette hausse qu’on achetait à présent les bulbes et, vers le milieu des années 1630, elle semblait ne devoir connaître aucune limite.

Le rush pour investir engloutit la Hollande tout entière. Aucun individu doué d’un minimum l’ouverture d’esprit ne jugea pouvoir se permettre de rester hors course. Les prix étaient extravagants; en 1636, un bulbe jusque-là «  sans valeur intrinsèque » pouvait s’échanger contre un « carrosse neuf, deux chevaux gris et leurs harnais ».

La spéculation se fit de plus en plus intense. Un bulbe pouvait maintenant changer de mains plusieurs fois à des prix en forte hausse et merveilleusement gratifiants alors qu’il était encore sous terre et que personne ne l’avait vu. Il y eut aussi des accidents terribles. Charles Mackay, dans Extraordinary Popular Delusions and the Madness of Crowds [Illusions collectives extraordinaires et la folie des foules], son ouvrage classique sur la spéculation (et autres manquements à la raison), se délecte à raconter l’histoire suivante, qu’il reprend des Voyages de Blainville : un jeune marin, venu annoncer l’arrivée dans le port d’une cargaison de marchandises du Levant, reçut du marchand en récompense un beau hareng rouge pour son petit déjeuner. Quelques instants plus tard, le marchand, qui participait à fond à la spéculation sur les tulipes, découvrit qu’il manquait un bulbe de Semper Augustus qui valait quelque 3 000 florins, c’est-à—dire la somme inimaginable de 25 000 à 50000 dollars d’aujourd’hui. Il fit chercher le marin pour l’interroger, et on le trouva, tout content, en train de finir l’oignon puisqu’il avait cru que c’en était un — avec le hareng.

Dans un passage particulièrement mémorable, Mackay décrit le climat dans le pays pendant la spéculation:

La demande pour les tulipes d’espèce rare augmenta tant au cours de l’année 1636 que des marchés réguliers pour leur vente furent ouverts à la Bourse d’Amsterdam, à Rotterdam, à Haarlem, à Leyde, à Alkmaar, à Hoorn et dans d’autres villes (...) Au début, comme dans toutes ces folies du jeu, la confiance était au plus haut, et tout le monde gagnait. Les professionnels de la tulipe spéculaient sur la hausse et la baisse des stocks de tulipes, et faisaient de gros profits en achetant quand les prix tombaient et en revendant quand ils montaient. Beaucoup d’individus devinrent soudainement riches. Un appât en or massif pendait, alléchant, devant le nez des gens et, l’un après l’autre, ils se ruèrent sur les marchés aux tulipes comme des mouches sur un pot de miel. Tout le monde s‘imaginait que la passion des tulipes durerait toujours, que les riches de tous les coins du monde enverraient leurs gens en Hollande et paieraient quelque prix qu’on puisse en demander. Toute la fortune de l’Europe viendrait se concentrer sur les rives du Zuiderzee, et la pauvreté serait bannie de l’heureux ciel de la Hollande. Nobles, bourgeois, paysans, mécaniciens, marins, valets de pied, femmes de chambre, même les ramoneurs et les vieilles fripières boursicotaient dans la tulipe. Des personnes de tout rang convertissaient leurs biens en argent liquide qu’ils investissaient dans les fleurs. Les maisons, les terres étaient mises en vente à des prix ridicules, ou assignées en paiement dans des affaires conclues sur le marché aux tulipes. Les étrangers furent pris de la même frénésie et l’argent afflua vers la Hollande de tous les horizons. Les prix des biens de première nécessité montèrent encore graduellement: maisons et terres, chevaux et voitures, produits de luxe de toute sorte s’apprécièrent avec eux et, pendant quelques mois, la Hollande parut l’antichambre même de Ploutos. Les opérations de ce commerce devinrent d’une telle ampleur et d’une telle complexité que l’on jugea nécessaire de rédiger un code juridique pour guider les parties (...)

Dans les plus petites villes, où il n’y avait pas de Bourse, la principale taverne du lieu était généralement choisie comme « scène du spectacle », où grands et petits négociaient les tulipes et confirmaient leurs marchés dans des banquets somptueux. Ces festins regroupaient parfois deux ou trois cents personnes, et de grands vases de tulipes épanouies étaient placés à intervalles réguliers sur les tables et les buffets pour le plaisir des yeux pendant le repas.

C’était merveilleux. Jamais dans leur histoire les Hollandais n’avaient semblé en position si favorable. Conformément aux règles immuables qui gouvernent ces épisodes, chaque hausse des prix persuadait plus de gens encore de prendre part à la spéculation. Cela justifiait les espérances de ceux qui y participaient déjà, pavant la voie pour encore plus de transactions et de hausses, et assurant encore plus d’enrichissements sans limite. Pour acheter, on empruntait; les petits bulbes faisaient « levier » pour les gros prêts.



La fin arriva en 1637. Là encore, les règles de base mènent le jeu. Les sages et les nerveux commencèrent à prendre leurs distances, nul ne sait pourquoi; d’autres les virent partir; la ruée pour vendre se fit panique; les prix tombèrent comme dans un précipice. Ceux qui avaient acheté, souvent en mettant leurs biens en gage pour obtenir un crédit — voici le levier —, furent soudain dépouillés de tout, ou en faillite. « Des marchands opulents furent réduits à une quasi-mendicité, et plus; d’un représentant d’une noble lignée vit les destinées de sa maison irrémédiablement minées, écrit Mackay. Au lendemain du krach, on tempêta, on récrimina, on chercha des boucs émissaires avec fureur — tout cela est normal m, et l’on ne mit pas moins d’acharnement à éviter toute mention de la folie collective qui était la vraie cause du drame. Ceux qui s’étaient engagés par contrat à acheter à des prix énormément gonflés manquèrent massivement à leur parole. Les vendeurs.- excédés cherchèrent à obtenir la mise à exécution de leurs contrats par voie de justice; les tribunaux, y voyant une sorte de pari, ne les aidèrent pas. Comme pour les banques et caisses d’épargne américaines qui ont fait faillite ces derniers temps, on se tourna alors vers l’ultime recours : l’État. Hélas, le seul remède eût été de rendre aux prix des bulbes leur niveau d’avant le krach, mais il était manifestement inapplicable, et les richissimes de la veille furent laissés avec leurs pertes. Ils ne restèrent pas seuls dans leur malheur. L’effondrement du prix des tulipes et l’appauvrissement qui en résultat eurent un effet réfrigérant sur la vie économique hollandaise dans les années qui suivirent — ils provoquèrent, dans la terminologie moderne, une très sérieuse récession. Il y eut un seul adoucissement : la culture de la tulipe se poursuivit en Hollande, et de vastes marchés s’ouvrirent finalement pour les fleurs et les bulbes. Celui qui a vu, au printemps, les champs de tulipes de ce pays calme et plaisant gardera toujours le sentiment que la tulipomanie anticipait réellement la vraie grâce de la nature. Devenir trader ne fut donc finalement qu’un passage pour ces marchands et cultivateurs qui revinrent à leur occupations financières classiques, la culture de la terre et de la fleur.

Ce qui manque à l’histoire de la tulipomanie et des phénomènes prévisibles qui s’y manifestèrent comme dans toutes les grandes spéculations, ce sont les noms des principaux acteurs. Nous avons plus de chance pour l’épisode classique suivant : il est dominé par l’une des figures centrales de toute l’histoire financière, celle de: l’Écossais John Law. 'Mais, même dans le cas de Law, un mot de prudence s’impose. J’ai assez insisté sur la nécessité de considérer toute prétention à l’innovation financière d’un œil extrêmement sceptique. L’innovation apparente est une pure et simple variation sur un vieux thème, nouvelle unique» ment pour la mémoire courte et défaillante de l’univers financier. Nul, au cours des siècles, n’a été plus célébré que John Law ; selon l’Encyclopedia Britannica, il fut ä la fois homme honnête et génie financier. Dans son cas aussi, cependant, place au doute !

Law naquit en 1671 dans le monde de la finance. Son père, orfèvre à Edimbourg, pratiquait activement «comme il était de tradition dans son métier — la garde en dépôt et le prêt d’argent. Le jeune Law s’installa dès son enfance à Londres, où, tout en jouissant de la Vie avec un sybaritisme prononcé, i1 semble avoir accordé quelque attention à des questions de banque et de finance. Mais cette éducation fut brutalement interrompue en 1694 , quand, sur un pré jouxtant le centre de Londres dans l’actuel quartier de Bloomsbury, il l’emporta indûment dans un duel. Pour avoir tué son adversaire d’un coup d’épée "au ventre", il fut arrêté, jeté en prison et inculpé de meurtre. Après de longues procédures, la question fut résolue par son évasion, avec, pense-t-on, quelques connivences officielles. Il parvint à gagner le Continent où, pendant plusieurs années, il vécut manifestement de ses grands talents de joueur. Il gagnait, a t’on dit, parce qu’il avait calculé les probabilités dans une version d’alors du zanzi — procédé qui, aujourd’hui, lui interdirait l’accès des casinos.

Aux Pays-Bas, il observa aussi les opérations de la grande et prospère banque d’Amsterdam, réfléchit à l’activité bancaire et conçut l’idée d’une banque foncière qui prendrait des terres et consentirait des prêts sous forme de billets gagés sur cet immobilier. De quelle façon précise les détenteurs de billets allaient-ils dégager la terre, cela restait incertain. L’idée serait cependant importante pour sa future carrière à Paris. Il y arriva en 1716, après un bref retour en Écosse où il chercha à promouvoir ses projets, mais se heurta à un refus assez catégorique et sans nul doute très sage.

Paris était plus souple ou, plus exactement plus nécessiteux. C’était un moment propice : Louis XIV était mort l’année précédente, en laissant deux héritages qui se révéleraient importants pour Law. L’un était le Régent (Louis XV étant trop jeune) z Philippe II, duc d’Orléans, combinait un intellect négligeable et un goût profondément ancré de la débauche. L’autre était un Trésor en banqueroute et de nombreuses dettes, dues aux guerres continuelles et aux extravagances civiles du Roi-Soleil, ainsi qu’à l’ampleur de la corruption chez les fermiers généraux chargés de collecter les impôts. Ces deux occasions, Law les saisit. Le 2 mai 1716, il reçut le droit d’ouvrir une banque, qui devint finalement la Banque royale, au capital de six millions de livres. On l’autorisait ainsi à émettre des billets, qui furent alors utilisés par la banque pour payer les dépenses courantes de l’État et prendre en charge la dette publique. Ces billets, en principe librement échangeables contre des pièces, furent bien accueillis. Les premiers étant bien accueillis, on en émit davantage.

Le grand besoin, évidemment, c’était une source de revenus en pièces qui apporterait de quoi soutenir l’émission des billets. On y pourvut, en théorie, par la création de la Compagnie du Mississippi (ou Compagnie d’Occident) — et plus tard, avec des privilèges commerciaux encore plus grands, de la Compagnie des Indes chargée d’exploiter les gisements aurifères dont on présumait l’existence dans le vaste territoire nord—américain de Louisiane. Il n’y avait aucune preuve tangible de l’or, mais, comme toujours dans ces épisodes, l’heure n’était pas aux sceptiques ni au scepticisme. Des actions de la compagnie furent proposées au public, et la réaction fut sensationnelle. La vieille Bourse de la rue Quincampoix fut le théâtre de l’activité la plus intense, à la limite de l’émeute, dans toute l’histoire de la cupidité financière. Finalement, ventes et transactions furent transférées en un lieu plus spacieux, la place Vendôme, puis aux abords de l’hôtel de Soissons. Certaines acheteuses étaient si déterminées que, par un réflexe étonnamment moderne, elles s’offrirent elles-mêmes contre le droit d’acquérir des actions. Au cours des années quatre-vingt, dans une légère variante, certains clients vulnérables de Michael Milken et de sa maison Drexel Burnham Lambert, qui assistaient à l’annuel « Bal des prédateurs», comme on disait, au Beverly Hills Hotel, y étaient l’objet, parait il, des attentions de prostituées douées de tout l’ascétisme qui convenait. On entendait ainsi les encourager a acheter des junks bonds, dont beaucoup n’offraient pas de meilleures perspectives que les actions de la Compagnie d’occident.

Le produit de la vente des actions de la Compagnie du Mississippi n’alla pas financer la recherche de l’ or, que l’on n’avait toujours pas découvert, mais rembourser les dettes de l’État. Les billets sortis pour payer ces dettes revinrent pour acheter plus d’actions. On émit donc Plus d’actions, afin de satisfaire une plus forte part de la demande intense qui faisait grimper le cours, tant des anciennes que des nouvelles émissions, à des altitudes toujours plus extravagantes. Tous les billets, dans cette circulation au sens remarquablement littéral du terme, étaient, présumait-on, garantis par des pièces à la Banque royale, mais le montant des pièces qui soutenaient ainsi les billets fut bientôt minuscule par rapport au volume du papier. C’était le levier, sous une forme particulièrement miraculeuse.

En 1720, ce fut la fin. Le levier bascula vivement en sens inverse, comme on en ferait l’expérience à une centaine d’occasions petites et grandes dans les deux cent cinquante années suivantes. Le facteur qui hâta la chute, dit—on, fut la décision du prince de Conti, contrarié de ne pouvoir acheter des actions, d’envoyer ses billets à la Banque royale pour les échanger contre de l’or. Une légende hautement suspecte prétend que trois voitures lui rapportèrent le métal, mais que le Régent intervint alors à la requête de Law et lui ordonna de rendre le tout. Mais d’autres furent soudain saisis par l’idée que l’or valait peut-être mieux que les billets. Pour restaurer la confiance et prouver aux détenteurs de billets et aux investisseurs qu’un approvisionnement satisfaisant en or était en vue, on recruta un bataillon de mendiants de Paris, et ses membres, munis de pelles, parcoururent les rues de la ville comme s’ils partaient extraire le précieux métal en Louisiane. On fut un peu inquiet, quelques semaines plus tard, d’en revoir beaucoup à leur place habituelle. Quoi qu’il en ait été, il y eut une ruée sur la banque — de gens qui voulaient non pas convertir leurs billets en actions de la Compagnie du Mississippi, mais en or. En un seul jour de juillet 1720, quinze personnes trouvèrent la mort, écrasées par la foule devant la Banque royale. Les billets furent déclarés non convertibles. Les valeurs, et pas seulement les actions du Mississippi, s’effondrèrent. Des citoyens qui la semaine précédente étaient millionnaires — ce terme indispensable nous fut légué par cette époque — étaient maintenant des indigents.

Alors vint la prévisible colère, la recherche de l’individu ou de l’institution à blâmer. Il n’était pas besoin de chercher très loin. Dans les derniers mois, un souverain reconnaissant avait élevé l’étranger, joueur et meurtrier évadé John Law à la plus haute fonction publique du royaume, où, de fait, il procéda à quelques réformes économiques et fiscales utiles : les terres en friche du clergé furent données aux paysans, les corvées locales furent abolies et les tarifs douaniers réduits. Il était aussi devenu contrôleur général du royaume, et avait été fait duc d’Arkansas, titre dont on aurait souhaité la survie. A présent, John Law devenait l’objet de la condamnation la plus venimeuse. Protégé par le Régent, il quitta la France et passa quatre ans en Angleterre, où on lui accorda l’amnistie pour le meurtre dont il était inculpé. Puis il se «rendit à Venise où, pour le temps qui lui restait à vivre, dit le duc de Saint—Simon, «il vécut plusieurs années (...) avec fort peu de bien, et y mourut catholique, ayant vécu honnêtement, quoique fort médiocrement, sagement et modestement, et reçut avec piété les sacrements de l’Église ».

On peut voir, ici encore, les constantes dans ces questions. Associé à la richesse de la Banque royale, Law était un génie — l’intelligence, comme toujours, dérivant du contact de l’argent. La richesse disparue, il était un fugitif qu’on insultait sans pitié. Que Law ait eu une, confiance en lui communicative, cela paraît certain, et elle l’a bien servi avec le Régent et le public parisien. Mais qu’il ait fait preuve, dans son action, d’une grande originalité ou d’un minimum de raison, c’est plus que douteux. Les hommes de génie ne se détruisent pas en causant la perte de tant d’autres, et ne se font pas une si triste fin.

Après l’effondrement, comme en Hollande après les tulipes, l’économie française entra en récession, et la vie économique et financière fut perturbée à tous points de vue — avec, selon l’expression un peu excessive de Saint Simon, une minuscule minorité enrichie par «la ruine de tout le reste du royaume. Mais, comme en Hollande et, avec une superbe régularité, tout au long de cette histoire, le blâme ne retomba pas sur la spéculation et ses crédules participants. Ce fut, comme nous l’avons déjà dit, John Law qui fut tenu pour responsable, ainsi que sa Banque royale, et, un siècle durant, les banques seraient regardées en France d’un œil soupçonneux. Ceux qui avaient perdu la tête tout autant que leur argent, et qui avaient fait la spéculation, ne s’adressèrent aucune critique.

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